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 I will never be extinct // PV : Noah

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Message(#) Sujet: I will never be extinct // PV : Noah Mar 14 Aoû - 21:15








Et c’est sur le coassement du Pteranodon que Le Monde Perdu se termine.


L’écran vire au noir et alors que le générique apparaît à l’écran, un soupir de contentement franchit les lèvres de Griffin. L’homme est assis, pardon, vautré sur la banquette, une bière entre les mains, les pieds posés sur la table basse. Un sourire béat éclairant son visage épuisé. Le sourire d’un gosse bien content d’avoir pu veiller quelques heures pour repousser plus loin encore le temps si redouté du repos. Il n’y a rien de pire que la douceur cotonneuse et étouffante d’un lit, le contact pesant d’une couverture, la mollesse d’un oreiller dans lequel il a l’insupportable sensation de s’enfoncer… Comme des sables mouvants où il est toujours difficile de s’extirper, une prison visqueuse où son corps en sueurs se débat vainement pour s’extirper des draps trop serrés. Pourquoi appelle-t-on donc le sommeil la petite mort ? Parce qu’un lit renvoie au confortable d’un cercueil, parce que les draps sont un couvercle qu’il n’arrive jamais à soulever, parce qu’il se retrouve plongé dans le silence et l’obscurité. Parce qu’il étouffe, panique, manque d’air, qu’il s’agite, gémit, seul, il agonise. L’éveil n’est qu’une souffrance, alors que la fatigue cloue ses muscles tétanisés à ce linceul qui lui sert de matelas. L’épuisement le tire dans sa couverture comme le fossoyeur traîne un corps à sa tombe et rien n’est pire que le coma qui s’ensuit quand il ferme les yeux. Quand il sent des êtres sans mains saisir son corps, emporter son esprit sur des rivages toujours gelés, où la mer en continuels mouvements le ballotte jusqu’à le crever sur des récifs, sur des pics d’angoisse qui le traversent de part en part. 

Alors Griffin lutte, de toute son énergie, pour résister à la pression de ses paupières trop lourdes, de cette lassitude qui rappelle les souffrances de son corps meurtri. La bière qu’il porte à ses lèvres ravive ses papilles par ses bulles… Mais aussi, la douleur quand quelques gouttes s’échappent au coin de sa bouche, viennent souiller la blessure récente refermée négligemment par quelques points de suture. Le picotement est suffisant pour que son corps reprenne vie, pour que ses muscles se tendent et chassent sa torpeur. Il reprend le fil de ses idées, sa main lourde retombe presque mollement sur le canapé, se crispe alors qu’il force pour se relever. Il sent tout son poids basculer sur ses jambes mais, curieusement, lui monter dans la tête. Assez pour qu’il perde l’équilibre, pris d’un vertige sous la fatigue.

_ J’espère que le film t’a plu. C’est pas le meilleur de la trilogie mais la scène du pont avec cette saloperie volante là, ça vaut pas l’attaque des vélociraptors dans la cuisine mais ça fout les jetons.

Sa propre voix lui paraît rauque, il ricane et porte en même temps la bière à ses lèvres. Bien entendu, il avale de travers, recrache un peu en s’essuyant de nouveau les lèvres d’un revers de main. La douleur à sa lèvre tape au rythme de son cœur dans le bas de son visage… Et ça lui fait du bien. Enfin, du bien. Disons que cela finit de le réveiller un peu. Assez pour aller dans la cuisine sans se prendre d’obstacles sur le chemin. Son appartement n’est pas très grand. Un salon, d’une dizaine de mètres carrés, sert de chambre à son colocataire et abrite en son sein Godzilla junior et sa « couveuse ». Une cuisine, minuscule, possède sa petite touche d’exotisme par la présence d’un superbe aquarium empli de poissons colorés, mais aussi, par la fenêtre qui tient plus lieu de meurtrière où l’on peut contempler le balcon du voisin. Parfois, son voisin ouvre la fenêtre et va nourrir les pigeons – à quoi bon, même ces bestiaux ont fui depuis longtemps ces immeubles dressés, collés les uns aux autres comme des mamies sur un banc. La salle de bains est si étroite qu’il leur est difficile de s’y glisser à deux et sa chambre… Oh, ça fait un bon moment qu’il n’y est pas allé, à dire vrai. Ca fait 4 jours qu’il n’a pas fermé l’œil, si on ne compte pas les fois où il s’est laissé aller à une sieste peu agréable sur la chaise roulante à son bureau. Combien de fois ses collègues ont décidé de mettre à profit cette merveilleuse idée que mettre des roues à une chaise pour subtilement le foutre dehors ? Ou encore, pour aller l’isoler dans la salle d’interrogatoire et l’y enfermer une petite heure en prétextant que ses ronflements gênent tout le monde ?


Une fois dans la cuisine, Griffin ouvre la fenêtre, par habitude. Il récupère une cigarette, l’allume et souffle un nuage de fumée en se massant la nuque, les yeux mi-clos. Sa tête retombe, sa cigarette manque de s’échapper de ses lèvres. Par réflexe primaire, comme le gosse qui maintient sa sucette collée à son palais, Griffin récupère sa cigarette d’une pression de ses lèvres, manque de s’étouffer de nouveau. Il préfère retirer sa cigarette, termine sa bière, jette la bouteille vide, puis revient dans le salon pour s’effondrer sur le canapé, bien plus lourdement qu’il ne l’aurait voulu.

_ Demain, on se fait le dernier de la trilogie. Ca te va ?

Il s’est cogné sur la table basse, durant le trajet. Mais il est tellement occupé à chasser Orphée en aspirant de grandes bouffées de sa clope – vas y Orphée, crève d’un cancer avant moi – qu’il a à peine senti l’impact sur son orteil. De toute façon, c’est pas comme s’il avait déjà la tronche en miettes.
 
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Noah
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Message(#) Sujet: Re: I will never be extinct // PV : Noah Dim 19 Aoû - 13:51


i will never be extinct







Le film se termine.
Yeux brillants, tel un enfant, l’android contemple le générique sans réfléchir. C’est le deuxième film que Noah voit de sa vie. Jamais il n’a eu d’expérience cinématographique avant, et à dire vrai, ce n’est sans doute pas la meilleure. Mais cela lui suffit amplement. Il apprend ce qu’il a à apprendre de ce qu’on lui montre, sans rechigner. Car après tout, comment pourrait-il savoir qu’il peut y avoir une meilleure expérience que celle de Jurassic Park, film de dinosaures réalisé pour le grand public ? Lui encore ne connait pas l’existence des chefs-d ’œuvres tels Citizen Kane, J’ai tué ma mère ou encore… peut-être un meilleur film de science-fiction. Star Wars ? Quoiqu’il en soit, rien de tout cela n’a encore eu l’occasion de défiler devant les yeux innocents de Noah, qui lit chaque nom au générique de Jurassic ‘pas le meilleur mais il est bien quand même’ Park 2, comme le dirait Griffin. D’ailleurs, alors qu’il regarde les noms défiler, Noah réfléchit quelques secondes. Est-il sensé dire qu’il a aimé le film ? Qu’il a préféré le premier ? Maintenant, il peut s’interroger. Maintenant, il sait qu’il peut comparer, chose impossible auparavant. Dans un sourire, il détache son regard de l’écran pour tourner la tête vers Griffin, fin prêt à lui annoncer son avis mais il voit qu’il s’est levé et éloigné. Cœur battant, il l’espionne.

Griffin.
Griffin est celui qui l’a plus ou moins recueilli, même si Noah paye son loyer et dort sur un canapé. Beaucoup pourraient sans doute dire que Noah se fait arnaquer, mais ce n’est pas comme s’il avait besoin de sommeil ou de quoique ce soit : un toit lui suffit, et un peu de compagnie ne fait pas de mal à qui que ce soit. Surtout que Griffin est d’une compagnie intéressante, captivante même, pour un être encore vierge de toute expérience sociale avec un homme comme Noah. Griffin. Rien qu’à penser à sa voix, le cœur de l’android s’emballe. Comme s’il entendait la voix d’un guide, comme s’il entendait la voix d’un sauveur. Une mélodie qui berce tout son système, le noie d’une tendresse qu’il ne pourrait expliquer, fait résonner tous ses capteurs, les fait vibrer, les active sans cesse. Ô Griffin. Il l’accueille sans poser ni se poser de questions. Il l’accueille, bras ouverts. Et Noah s’y engouffre, comme il se laisserait porter par des vagues, comme porté par la mer, sans réfléchir, sans penser. Comme un océan de sons, comme une berceuse pour l’âme, la voix l’emmène au bout du monde chaque seconde. Pourquoi voudrait-il plus ? Mais, pourtant, Griffin se contente de lui parler, de lui montrer ses films, de lui demander, de temps en temps, de nourrir le serpent qui se tortille dans son vivarium. Rien de plus. Et, par la même occasion, Noah en apprend de nouvelle chose. Il apprend les réactions humaines, quand bien même celles de Griffin soient toujours beaucoup trop explosives. Une explosion d’émotion qui pousserait toute personne sensée à s’éloigner d’un homme pareil, mais qui attire Noah plus que jamais. Car il veut gratter la surface, il veut savoir, il veut découvrir. Car sous cette carapace d’homme brutal, sous cette peau blessée, abimée, il doit y avoir un cœur qui bas bien trop vite mais qui ne cherche qu’à se livrer. Comment apprendre de Griffin ? D’une personne qui râle constamment, n’est jamais satisfait sauf quand il regarde un film en mangeant une glace plus grasse que quatre paquets de frites trempés dans l’huile ? Comment découvrir une autre émotion que celle de la rage qui anime ses poings quand ils touchent le mur ? Une émotion qui laisserait ses doigts vagabonder ailleurs que sur des blessures mais sur une peau qui n’attend que des caresses et un peu de tendresse ? Comment détruire ces quelques maux qui le détruisent de l’intérieur et le rongent sans doute ? Tout semble être se diviser en tâches si complexes.

Pourtant.
Pourtant, même plein de défauts, le charme incertain de Griffin opère. Noah se laisse bercer, Par les mouvements râleurs de son nouvel et seul ami, par ses soupirs, par ses râles, par ses rires gras et ses gestes tendres bien que maladroits parfois. Même s’il ne comprend pas tout parfois, le déviant se noie dans toute cette nouvelle culture plutôt agréable en fin de compte. D’ailleurs, quand Griffin revient après avoir effectué à peu près les trois quarts de ce que Noah cherchait à étudier, c'est-à-dire la façon dont il marche, dont il se plaint, et surtout la façon dont il tient face à la douleur de se taper les doigts de pieds contre la table, le jeune android offre un sourire des plus francs.

    « On peut regarder le troisième demain. Mais pour le moment, je crois que je préfère le premier. »
annonce fièrement le jeune homme en levant les yeux vers Griffin, attendant d’espionner une certaine émotion, peut-être un élan de fierté, qui sait ? Il y a tant de raisons pour lesquelles Noah préfère ce premier film, qui aurait d’ailleurs pu paraître sans saveur à bien des personnes.
    « Tu sais, tu devrais dormir. Tu as l’air épuisé. »
Il hésite, longuement, mais baille pour prendre un aspect plus humain. Ce n’est sans doute pas nécessaire, Griffin n’a pas spécialement remarqué la vérité sur Noah. Mais bon. Autant le faire, non ? Il hésite, puis prend la bière de Griffin pour en boire une gorgée sans trop grimacer, puis la pose sur la table basse. Encore un geste inutile mais qu’il copie de son colocataire.
    « Ou alors on discute jusqu’à qu’on s’épuise Tu n’as pas l’air de vouloir vraiment dormir. Ce qui me va aussi. Je suis sûr qu’on a un million de choses à se dire ? On se connait pas tant que ça. Tu sais juste que je suis sans doute le plus bel homme que tu as rencontré de toute ta vie et que j’aime dormir sur ton canapé même si je préfèrerais sans doute un lit moelleux comme tout le monde. Je devrais peut-être dormir dans le tien, je paye la moitié du loyer après tout... »
dit-il dans un rire, en tentant de le provoquer un peu. D’ailleurs, il se lève et erre dans la pièce.
    « Pourquoi pas maintenant d’ailleurs ? Donnez-moi mon dû, Griffin Anderson ! Je paye ce loyer et la moitié du lit m’appartient ! »
Joueur, taquin, et sans doute dans la volonté de le faire se glisser dans des draps pour qu’il s’endorme à un moment ou à un autre, Noah offre un clin d’œil à Griffin et se mord la lèvre en partant dans la chambre pour se ‘vautrer’ – encore un terme bien commun que l’android a appris de l’humain – sur le matelas de la seule chambre de l’appartement.
    « Ca fait quoi d’avoir le plus bel homme de cette ville dans ton lit, Griffin ? Tu vas m’égorger par jalousie car tu es le deuxième plus bel homme, ou tu vas essayer d’apprendre de mon charme ? »






∇▲∇▲



    There's a drumming noise inside my head that starts when you're around.
    i swear that you could hear it, it makes such an all mighty sound. there's a drumming noise inside my head that throws me to the ground. iswear that you should hear it, it makes such an all mighty sound. louder than sirens, louder than bells, sweeter than heaven, and hotter than hell


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Message(#) Sujet: Re: I will never be extinct // PV : Noah Mer 22 Aoû - 18:43








Son préféré ? La réponse suffit à ce qu’un sourire éclose sur ses lèvres, un sourire qui va jusqu’à échauffer ses doux yeux bruns chocolatés. Ils abandonnent l’aigreur de la caféine, cette saveur désagréable que Noah a déjà pu goûter plus d’une fois quand leurs regards se sont croisés, celle de la rage épicée, de la colère pimentée, de la haine écœurante et glacée. L’âme pourrie par ces sentiments trop puissants, par cette pourriture, cette nécrose qui le bouffe de l’intérieur, qu’il vomit en tonnes d’injures, qu’il essaye vainement d’arracher quand il abat ses poings sur le mur, qu’il essaye bêtement de saigner. Noah l’a déjà vu faire, frapper jusqu’à s’en rompre la peau, jusqu’à s’en briser les os. Vaincre ses démons par la douleur, jusqu’à ce que la souffrance les fasse taire, les réduise au silence… Sans pour autant effacer leur présence. Ils sont toujours là, dangereux et menaçants, teigneux et effrayants. Alors Griffin se fait mal, mal jusqu’à ne plus arriver à réfléchir, jusqu’à agir seulement pour survivre, plus capable de réfléchir. Il a toujours cette force qui le tient debout, cette hargne qui le fait avancer, chaque jour, quitte à ramper pour ça. Courageux ? Ce n’est pas tellement l’adjectif qu’on emploie pour le qualifier. Bien souvent, on va se contenter d’un « stupide » craché dans son dos, ou d’un « il n’est pas très fut-fut » : des propos auxquels Griffin répond par le sourire. Faut dire qu’il raconte à personne ce que fout sa tête. Toutes les pensées qu’elle prend plaisir à branler, donnant naissance à des questions qui le harcèlent, des remarques, des commentaires, des idées, ça n’arrête pas. Son esprit, c’est un univers, un univers constellé d’étoiles dans lequel Griffin se perd, devant lequel il s’effraie. Griffin, c’est pas un génie.

Griffin, c’est le gamin qui n’a jamais tenu en place. C’est celui qu’a raté sa scolarité parce que sa fichue tête n’a jamais été capable de faire une chose à la fois. Parce qu’il pense à tout en même temps, il pense à ce qu’il écoute, ce qu’il voit, ce qu’il écrit, à tout le reste dans son crâne, toutes ces pensées qui le submergent au point de prendre le contrôle de son corps, au point de le pousser à se jeter contre les murs ou à le défoncer de ses poings quand tout entre en ébullition. Griffin, c’est le sensible dont le cœur est toujours au bord de l’explosion, secoué dans tous les sens par ses peurs, ses préoccupations, ses inspirations, ses créations, ses déceptions. Par cette fureur, ses erreurs, ses malheurs qu’il essaye d’oublier, parce qu’un homme, ça ne pleure pas, un homme, ça ne recule pas, ça avance, ça avance quitte à ramper la tronche par terre pour gagner quelques mètres. Griffin a peur de l’immobilisme qui le renvoie à une mort lente, une agonie dont la simple idée agit comme une décharge électrique qui tend ses muscles, le foudroie, le remet sur pieds, le pousse à courir, à crier, à bouger. On lui avait diagnostiqué un Trouble de l’Attention, un hyperactif qu’on a longtemps et vainement traité, sans comprendre que l’origine de ses difficultés n’était pas seulement son cerveau mal fait… Et même si on l’avait compris, on aurait rien pu y faire.

Quand il regarde ses films, Griffin a ainsi tendance à bouger les jambes, à jouer avec son pot de glace, à faire tourner entre ses mains usées la balle qu’il prend plaisir à balancer dans l’appartement. Cette putain de balle en plastique qui rebondit contre les murs, qui casse tout sur son passage, lui, il se voit comme ce putain de jouet, juste bon à se frapper la tête contre tout ce qu’il se passe, incapable de rester en place. Qu’est-ce qu’on disait de lui ? Qu’est ce qu’on continue à penser de lui ? Il est intenable, insupportable, ingérable. Imprévisible, irascible, terrible. Epuisant, lassant, emmerdant. Connard, bavard, un bâtard. Un bâtard dont le sang dégénéré lui est monté au crâne, nouant des câbles au hasard, des câbles que les coups ne suffisent pas à replacer. Il attend le jour où un fusible va griller, où tout ce flot de pensées va enfin cesser, où il parviendra à réfléchir, libéré de ce torrent où il lutte pour ne pas se noyer, où il finit toujours par boire la tasse.

Epuisé ? Ouais, il l’est. Il reconnaît le poids sur ses paupières, les courbatures dans ses muscles usées, la lassitude qui pèse sur sa nuque, les tremblements de son corps trop longtemps contracté. Une tension illusoire, car il suffit qu’il veuille ouvrir un bocal pour se rendre compte qu’il n’a aucune force, qu’elles sont toutes consacrées à son maintien debout. D’ailleurs, il est lent à réagir aux mots de Noah, faut lui laisser le temps de comprendre… Il est paumé, aveuglé par le sable que lui jette le Marchand de sommeil désespéré, quoi que, ce n’est plus du sable, mais un vrai désert dans lequel il progresse péniblement.

_ Dormir, c’est pour les faibles.

Il ricane sur ces mots, ayant tant de cernes qu’il ressemble à un cocker, ses yeux humides prêts à libérer quelques larmes quand il laissera échapper un autre bâillement. Il a peur de dormir. Comment peut-il prétendre vivre alors qu’il a peur de presque tout dans cette existence de merde ? Peut-être car, pour vivre, suffit d’un cœur qui bat. Y’a qu’à voir les légumes, ces types sans activité cérébrale, qu’on voit encore comme « vivants » tout ça car ce putain de muscle continue de fonctionner.

_ Hein ? Oh, mais va te faire foutre mec !

Griffin le suit dans la chambre et reste sur le seuil, les sourcils froncés. Sa réaction est peut-être violente, d’un point de vue extérieur : il faut dire que Griffin a haussé la voix et a réagi au quart de tour, comme à son habitude. Mais Noah doit à présent savoir reconnaître les indices de sa rage… Et pour l’instant, Griffin n’est pas encore au stade de la violence physique. Il aboie, comme un chien mécontent qu’on ait franchi son territoire… ou grondant à l’approche de sa gamelle.

_ Je l’ai payé, c’est mon lit, t’as qu’à t’en payer un ! J’suis déjà bien sympa de te filer le canapé, tu payes la moitié du loyer mais tout l’reste c’est moi qu’ai craché au bassinet !

La remarque de Noah le désarçonne, assez pour que sa colère baisse de deux crans. Il retrouve son sourire et laisse même échapper un rire, finissant par s’approcher du lit pour s’asseoir au bout. Il fait craquer sa nuque, la masse dans une grimace avant de redresser les yeux vers lui.

_ Oh tu m’as vu ? Tu crois que j’en ai quelque chose à foutre, de la beauté ? A part celle des motos, j’en ai rien à branler. Par contre, j’veux récupérer mon pieu. Dégage tes grosses fesses, rouquemoute.

Sur cette insulte décidément très sophistiquée, le policier tente de bousculer Noah hors du lit. Il est joueur, s’y prend d’une main, une pression bourrue, digne de celle d’un gros ours pataud prêt à plonger dans l’hibernation… D’ailleurs, Griffin préfère assurer son équilibre en ayant posé son autre main sur le canapé, pour ne pas basculer en avant. Il est crevé, sa tension joue des tours, le sol est pas si droit. En fait, le lit tangue même un peu, à croire qu’il s’est pris un coup dans le nez – dans les 2 sens du terme.

_ Pousse toi bordeeeeel !

Comme s’il en avait quelque chose à foutre, ça aussi. C’est pas comme s’il comptait dormir. Mais l’homme qu’il est ne peut pas résister à une provocation, quelle qu’elle soit. C’est sa fierté de mâle imbécile, ou celle plus attendrissante d’un jeune bestiau invité à tester sa force, à montrer un peu sa puissance. Et il ne dit jamais non à la proposition de montrer ce dont il est capable… Pour prouver quoi ? Il ne s’intéresse même pas à être meilleur. Quoi qu’il en tire un étrange soulagement. Comme s’il n’était pas totalement raté. Comme s’il avait quelques qualités, suffisantes pour l’écarter du plus bas de l’échelle, là où y’a les pires nullités… Ou les plus enfoirés.

Parce qu’il ne comprend pas encore que la violence n’est pas forcément une valeur, qu’elle est, au contraire, plus un défaut qu’une compétence acceptée et appréciée. Parce qu’il n’arrive pas à croire que ce qu’il a réussi à apprendre, c’est une raison de plus de lui cracher dessus. Parce qu’il a l’impression d’avoir une force que d’autres n’ont pas, une défense dans ce monde où il se sent en danger. Pour ses différences, son homosexualité, ses peurs, pour toutes ces choses là, qui se battent en lui, qui crient mais qu’il fait taire, leur imaginant des sombres masques, il se voile la face comme il le fait avec le reste. Sans se douter qu’un jour, la réalité le frappera en pleine face, assez pour déchirer ses mensonges, pour percer son bouclier, assez puissante pour renverser cette force illusoire derrière laquelle il se cache.


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Noah
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Message(#) Sujet: Re: I will never be extinct // PV : Noah Sam 8 Sep - 22:02


i will never be extinct







    « Oh et qu’allez vous faire, monsieur l’officier ? Me mettre les menottes ? »

Jouer.
Ce n’est pas quelque chose que Noah a l’habitude de faire dans un lit. Il a été conditionné, durant sa courte existence, conditionné pour uniquement donner du plaisir dans un lit jusqu’à ce que sa partenaire n’en veuille plus – où n’ai plus d’argent pour se servir de lui une heure de plus. Un lit, ce n’est pas pour dormir, un lit, ce n’est pas pour se reposer ou pour rire. Un lit, c’est pour prendre un corps nu, c’est pour sentir une peau sur la sienne, c’est suer, gémir, crier. Un lit, ça n’a rien d’amusant pour Noah. Le lit, c’est de la torture, des mauvais souvenirs. Il ne reste plus qu’à créer les bons, à présent. Apprendre à découvrir quoi faire d’autre, et tant qu’à faire, avec Griffin. Griffin lui apprend déjà tant, Griffin lui donne tellement. Un lit, ce peut être bien plus avec lui. Un nouveau lieu où l’histoire peut naître, où une relation peu naître, peu importe sa nature. Un lieu où l’amusement peut se lier à l’amitié, où le rire peut rejoindre la tendresse. Dire que Noah a pris cette initiative seul, impulsion dans les capteurs, envie, pensée lumineuse. Sauter dans le lit et attendre Griffin, le narguer et le chercher pour qu’il le rejoigne. Pas quelque chose qu’il aurait fait il y a peu, non. Non. De l’agitation dans les feuilles de calculs de son programme, un code binaire qui ne donne plus de sens, la poésie en rimes s’en va pour laisser place à la prose, fine, légère, puis aux lignes plus longues, loin est la ponctuation. Et même a contact du corps de Griffin, les habitudes ne reviennent pas. Noah sent les mains chaudes, abimées, de l’homme. Il sent son souffle si proche, entend sa voix qu’il puise de si loin. Il l’entend. Le voit. Le ressent. Le vit.

Une vie qu’il partage.
Une vie qu’il fait sienne depuis peu et qu’il mêle à celle de ce policier bourru, râleur, où la tristesse niche sans doute tout autant que le sommeil. Ils font sans doute ami-ami, là, dans le champ de ses doutes. Instabilité certaine. La vie de Griffin est un long terrain miné, et chaque mine n’attend qu’à exploser. Et Noah est là, à tenter de les désamorcer une à une, à ne pas les activer. Il les cherche, rôde, erre, jusqu’à les atteindre. Détourner l’attention de Griffin, changer les idées. Donner une direction à son regard, donner matière à agripper à sa poigne si sévère. Le dérouter, lui faire prendre les petits chemins qui le mèneront enfin au bon endroit. Cet endroit là. Cet endroit que Noah cherche aussi. Cet endroit, à la croisée des chemins, où Noah et Griffin pourraient enfin vivre sans se contredire.
    «  Griffin. »

La voix résonne, au milieu des grincements du métal en fer forgé qui entoure le trop vieux lit, au milieu de râles et grognements du policier. Une main se redresse pour passer dans les cheveux sombres de Griffin, les doigts fins de Noah s’y échappent, courent et découvrent un sentiment nouveau. Ils glissent dans cette cascade méchée jusqu’à la nuque du policier, qu’il pince comme on le ferait à un chat. Puis il appose son pouce, ses doigts au bon endroit pour faire craquer les os, détendre les muscles pendant quelques instants, en laissant Griffin retomber sur lui, doucement.
    «  Ne bouge pas… Détends-toi, tu en as besoin. »

L’autre main, délicate, se glisse sous son haut, dans son dos, pour rejoindre les muscles si tendus dans son dos. Des ruines de combats, des ruines d’une guerre contre soi-même et contre le monde, et la pluie battante des doigts de Noah s’abat, là, sur ce corps si fatigué. Sa paume, comme la mer sur le rivage, se glisse contre sa peau, s’enlève, puis revient.
    « Allez, Griffin… »

La marée haute fait des siennes, une main retourne dans sa chevelure et l’écume se pose sur son front, les lèvres de Noah s’y sont glissées comme dans un élan de tendresse, d’amour peut-être ? Quand sait-il au final. Il n’a jamais vécu ce geste, il n’a jamais fait ce geste avant.

    « Laisse moi au moins rester là avec toi ce soir. Laisse moi détendre ton corps. D’accord ? »


Laisse-le détendre son propre corps, Griffin. Noah en a tant besoin. Découvrir autre chose. Se glisser dans des draps pour se reposer. Pour que le métal qui forme son apparence, sa silhouette, cesse de rouiller quelques secondes, quelques minutes, heures. Une supplique, plus qu’une demande. Il n’a jamais connu cette sensation là. Le repos. La nuit. Dans des draps. Quelqu’un dans ses bras.

    « S’il te plait. »







∇▲∇▲



    There's a drumming noise inside my head that starts when you're around.
    i swear that you could hear it, it makes such an all mighty sound. there's a drumming noise inside my head that throws me to the ground. iswear that you should hear it, it makes such an all mighty sound. louder than sirens, louder than bells, sweeter than heaven, and hotter than hell


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